vendredi, mars 09, 2007

Dadaisme/Surréalisme

































Il faut savoir ce qu’est le Dadaïsme avant de parler du Surréalisme.


En 1916, dans un cabaret à Zurich en Suisse, Tristan Tzara un jeune Roumain et quelques autres pètent complètement les plombs parce qu’ils haïssent la guerre qui fait rage à Verdun.
60 000 milles morts en un jour, record battu !

Dans ce cabaret, ils font des spectacles qu’on ne peut ni entendre, ni comprendre, ni lire puisqu’ils détruisent tout ce qui est fait.
« Il y en avait un qui hurlait ses poèmes de plus en plus fort, pendant que l’autre (Hans Arp) frappait sur une grosse-caisse de plus en plus fort aussi.»

Dada, deux syllabes tirées du dictionnaire, qui forme un mot de bébé…
Le groupe Dada est contre tout.
Ils disent « non » à tout. Ils délirent ensemble. Ils provoquent la bourgeoisie.
Ils ne veulent rien faire, rien construire, l’époque est trop malade. Tout fiche le camp.






Paris 1924.

Quelques années après la terrible guerre des Poilus dans les tranchées, ça allait mieux !
Des monuments aux morts sont installés dans tous les villages.
Le cinéma en était à ses débuts, il était encore muet, il deviendra parlant en 1929.
La photographie est une grande dame de quatre-vingts ans.
La télévision ne sait pas encore qu’elle envahira toutes les maisons à partir de 1970.

À Paris, une bande de joyeux copains rigolent bien.
Ils sont jeunes, ils ont survécu à la guerre, ils font beaucoup de bruit, ils se rencontrent dans certains cafés : le Grillon et le Cyrano
C’est le groupe des Surréalistes autour d’André Breton, un groupe beaucoup plus constructeur que le groupe dadaïste. Certains ont fait partie des deux groupes, Hans Arp.
Ils aiment tous le cirque, les cinémas populaires.
Ils se baignent nus dans les fontaines de Paris.
Ils insultent les curés.
Ils aiment bien se rendre aux spectacles les plus stupides plutôt que de fréquenter les salons où l’on fait des choses artistiques plus sérieuses.
Qui aurait pu dire en 1924, qu’ils seraient considérés aujourd’hui, au XXIè siècle, comme les meilleurs poètes et les meilleurs peintres de cette époque ?
Ceux qui fréquentaient les salons sérieux de 1924, on ne s’en souvient plus !

Ils formaient un groupe d’une dizaine, ils ont pris le nom de "Surréalistes".

Dans l’expression « SURREALISTE » Il y a le mot « réalité », devant lequel ils ont ajouté « SUR », c’est à dire « au-dessus », « au-dessus de la réalité.»
Ou bien, « plus fort que la réalité. »
Ou encore, « la réalité, celle que l’on voit tous les jours n’est pas toujours rigolote, il y a des jours où il y en a marre, il faut voir autre chose, dire autre chose que ce que l’on dit d’habitude.»
Dire par exemple ; « Le cadavre exquis boira le vin nouveau. »
Voir une grosse marmite de laquelle sort un gros tuyau qui pendouille, et dire ; « c’est un éléphant célèbre. » Ça y ressemble non ?
C’est Max Ernst qui voit cela et il le peint en y ajoutant des détails.
C’est plus que la réalité !
Dans les rêves de nuit, on voit quelquefois des personnes et des objets qui nous surprennent. On ne pourrait pas les dessiner facilement.
Oui ou non?
Le groupe décide que c’est précisément cela qu’ils vont essayer de dessiner.
Ils en avaient marre de la peinture de cette époque ; des scènes religieuses, des batailles, les belles couleurs de la nature des Impressionnistes, ras le bol des bouquets de fleurs.
Après la guerre, les champs de coquelicots, même bien peints, ça les agaçaient.
Le Cubisme aussi était moribond… La coupe était vide. C’était comme s’ils avaient voulu faire boire du pétrole aux spectateurs. Les peintures abstraites de Kandinsky se portaient bien Néanmoins la peinture moderne n’était pas encore aimée et connue de beaucoup.
Les Surréalistes semblent ignorer le cubisme finissant et la peinture abstraite grandissante.


En 1924, le groupe de Surréalistes ne sait pas encore qu’il va changer notre manière de voir les choses.
Les Surréalistes pensent qu’il est plus important d’associer des mots et des images sans réfléchir à ce qu’ils veulent dire, que de respecter les règles apprises à l’école. Ils sont convaincus qu’il faut laisser faire la pensée seule pour dire des choses nouvelles comme lorsque l’on rêve la nuit.
Il faut donc, vouloir essayer de faire dérailler la raison de jour comme de nuit et avec certains moyens qu’il ne faut pas vous recommander, comme la drogue pour les hallucinations et la pratique de l’hypnose qui peut-être dangereuse.
Ils avaient aussi des moyens qu’il faut vous recommander pour obtenir des associations d’idées difficiles à trouver.
Le plus connu est le « Cadavres Exquis. » Ces deux mots se sont télescopés par le hasard des pliages d’une feuille de papier. Dans un bistrot parisien le groupe écrit des mots qu’il cache en pliant les feuilles, ainsi le suivant ne sait pas ce que le précédent à écrit. Quand on déplie le papier, les phrases peuvent êtres belles et toujours inattendues : l’exemple le plus fameux a déjà été cité :

« Le cadavre exquis boira le vin nouveau. »

Ce hasard leur a beaucoup plu, les mots ne vont pas ensemble, un cadavre ne peut pas boire ! Ils ont décidé d’appeler ce jeu, le jeu du cadavre exquis.
Ce jeu se fait aussi par le dessin, la feuille est pliée chaque fois qu’un dessinateur prend le crayon. Quand elle est entièrement pliée, on la déplie et l’on regarde le résultat qui à chaque fois surprend et fait sourire.

Les Surréalistes veulent changer la vie et la société ; il faut dire qu’après une guerre comme celle qui venait de finir il n’y avait pas de quoi être fier.
Pour changer la vie, André breton et son groupe s’appuient sur les recherches de deux personnes plus importantes que lui : Marx et Freud.




Freud découvre qu’il y a une partie de nous-même que l’on ne connaît pas. ça change ce que l’on croyait jusqu’ici, puisque l’on était certain de tout décider nous-même : embêter sa grande sœur ou de ne pas dire bonjour à sa grand-mère, etc. Eh bien non ! Souvent, il y a un truc plus fort en nous qui décide pour nous.
Freud essaye de trouver des explications en analysant les rêves de chacun.

Les Surréalistes aiment beaucoup les travaux de Sigmund Freud et les idées de Karl Marx.
Marx est certain que les ouvriers sont exploités par les patrons et qu’ils en sont même les esclaves modernes. (Moderne, puisque l’esclavage des noirs n’existe plus depuis peu.)
Il fallait préparer la révolution, il y en avait déjà une en marche en Russie et une autre en Allemagne.
Elle se préparait partout ; après une telle guerre, les ouvriers ne faisaient plus confiance aux marchands d’acier et de canons, c’était facile d’espérer mieux.
Heureusement pour nous, les surréalistes étaient plus une bande de blagueurs intelligents qu’un groupe de poseur de bombes. Ils espéraient la révolution par le changement des comportements et, d’une certaine manière, ils y sont arrivés puisque nous aimons bien lire ce qu’ils ont écrit, jouer à leurs jeux et nous adorons leur peinture, surtout celle de Salvatore Dali et celle de Juan Miro qui faisait partie du groupe. Dans les écoles, tout le monde aime bien Miro.
André Breton disait que c’est peut-être « l’enfance qui approche le plus la vraie vie. » Il pensait que c’était durant cette période que l’on était « en pleine possession de soi-même », et ça l’énervait d’être un adulte avec des mauvaises habitudes d’adulte à cause de son éducation trop sérieuse…
Mouais…


C’est vrai que c’est dommage de se sentir retenu, dans ses gestes en peinture, en chant, en poésie quand on est adulte, mais c’est lamentable quand on invente de belles armes de boucherie.
Les Surréalistes opposent le non contrôle de la pensée libre à un extrême contrôle de la pensée qui, bien évidemment, empêche d’inventer la rêverie et la poésie.
Ne croyez-vous pas qu’il faille apprendre à alterner les deux, quand on veut, suivant les circonstances ! c’est la base de l’enseignement des arts.
« Écrivez dans l’ivresse*, relisez-vous à jeun. » Guillaume Apollinaire*.
Cette phrase veut dire ; « Ne contrôlez rien, lâchez-vous, puis contrôlez tout, passez tout au peigne fin. »
*Il n’est pas question de l’ivresse de l’alcool, mais d’allégresse.
*Dit en passant, c’est ce grand poète Apollinaire qui a trouvé le mot « surréel ».



Autres jeux surréalistes recommandables et réalisables.


1- André Masson réalise des dessins automatiques. Il fait tout un réseau de lignes à l’encre de Chine. Il fait le vide en lui-même. La plupart du temps, les lignes ne s’associent pas, comme si elles ne pouvaient pas ou ne voulaient pas former un dessin. Le résultat est déroutant, faire du graphisme de cette manière rappelle ce que l’on fait quand on téléphone. C’est grâce à André Masson et aux surréalistes que l’on n’est pas risible quand on dessine machinalement, presque automatiquement.
Ça faisait du bien à André Masson de dessiner de la sorte, il revenait du Chemin des Dames. Ce chemin n’avait rien à voir avec les dames, c’est seulement le nom d’un lieu d’une des plus grandes batailles de la guerre de 14/18. Il a survécu, alors qu’il y avait des milliers de morts tous les jours. Il a eu de la chance, mais il a gardé des marques profondes dans son intérieur, c’est certain que ça lui fait du bien de « plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau. » C’est ce que demandait Apollinaire, « plonger », on dirait maintenant « se lâcher. »

2- Jean Arp découpe dans du papier des formes très travaillées et laisse tomber à terre les chutes qui devraient finir dans une poubelle. C’est à ce moment-là qu’il décide de se désintéresser de ses bonnes découpes et de ne s’occuper que de celles qui sont tombées à terre et réaliser une composition nouvelle. Étonnant non ?
3- Un autre artiste peint dans le noir pour ne plus contrôler du tout sa peinture.
4- Allumer une bougie et déposer du noir de fumée sur une feuille que l’on tient au-dessus en faisant attention de ne pas brûler la feuille de papier. Regarder le résultat, et compléter en y ajoutant deux yeux ou une queue,etc.
5- Les papiers déchirés et collés qui forment d’autres images et d’autres mots.
6- Introduire un mot banal dans un texte littéraire très châtié.
7- Man Ray mettait des objets directement sur le papier photographique, il appelait cela les rayogrammes.
« Il disait, je ne suis pas un photographe, je suis un fautographe. »

Les Surréalistes ont pratiqué tous les arts et bien sûr le cinéma.

8- Max Ernst est sans doute le plus inventif, un écrit lui a déjà été consacré.
Mais pour résumer ;
• Les frottages sur des planches de bois et tous ce qui peut laisser une marque par frottage et transfert sur le papier.
• Les « décalcomanies » de Max Ernst ; mettre de la peinture à l'huile assez fluide sur un papier comme sur une tartine, puis retourner la tartine sur sa toile et la faire glisser. La retirer d'un coup, elle laissera des traînées de couleurs compliquées qu’il est possible de retoucher.
• Le grattage dans les couches de peinture pour découvrir ce qui est en dessous.
• Les photomontages avec des images gravées et découpées
• Max Ernst a inventé beaucoup de techniques qui l’ont surpris et qui lui ont fait voir les choses autrement. C’est moins surprenant pour nous aujourd’hui parce que nous utilisons ses techniques assez couramment, mais c’est grâce à lui.





C’est en partie grâce aux Surréalistes que l’on peut faire des choses qui ne servent à rien, des choses indispensables à faire pour se sentir bien dans notre corps exquis.
Pour être un peu poète, pour être un débutant peintre, pour être un petit photographe, pour être un mini cinéaste ou un apprenti musicien, il faut se lâcher, il faut se renouveler, c’est cela que les Surréalistes nous ont appris.




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