vendredi, avril 28, 2006

Jean Arp / Rondeurs.

RONDEURS





" Les pierres sont tourmentées comme la chair. Les pierres sont des nuages... " ARP

Jean Arp est un dompteur de nuages.
Tchac !
Au pied les nuages, au pied
Tchac !

Le fouet, non ! Il n’y a que le violon qui puisse apprivoiser les nuages à les faire se prélasser de bonheur sur la terre, à se laisser pétrifier.
Jean Arp est un collectionneur de nuages, il aime leurs formes amples et simples.
Les nuages sont légers, les cailloux sont lourds.
Il est passionné par les formes des beaux cailloux qu’on trouve dans les rivières.
Hans Arp aime aussi regarder les corps, de dos, quand il n’y a pas les mains, pas les pieds, pas la tête, le dos seul fait des belles formes. Des courbes qui ressemblent aux nuages, aux galets érodés, à des gros blocs de neige des bords de route qui fondent doucement au soleil, tout en rondeur.

Les corps sont chauds, les galets sont lourds, les nuages sont loin.
Les dos sont courbes, les nuages gonflés, les pierres froides.
Les bosses et les creux sont toujours harmonieux, c’est un plaisir de les suivre avec les mains, c’est agréable de les suivre avec nos yeux d’amoureux.


Sérieux.


Les formes ballonnées qu’il crée le rapprochent plus des courbes sensuelles des femmes de Rodin (1890) que de celles des Nanas de Niki de Saint Phalle (1980) et de celles des Vénus Préhistoriques (18009 avant J.C) qui sont toutes rondes comme des bouées de sauvetage.


Jean Arp n’est pas vraiment un sculpteur de femmes, mais un ponceur de courbes de femmes en plâtre qui ressemblent à des nuages ou à des fruits.


Pas sérieux, mais presque.


Jean Arp ne s’est jamais installé sous le haut plafond de son atelier pour sculpter les nuages dans du coton ou du polystyrène. Il sculpte sur la terre ferme avec Newton.
Il n’est pas non plus allé dans le lit des torrents à attendre des lustres que l’eau bouillonnante fasse le travail d’érosion, il a rattrapé le temps perdu, il est devenu le torrent.

Sous la douche, vous pouvez user votre savonnette de manière très originale. Et si vous ne pouvez pas lui donner la forme que vous voulez, trichez ! C’est ce que faisait Jean Arp. Taillez-la à la petite cuillère.
Vous pouvez donner à ce savon la forme que vous voulez ; « Waouh ! j’aurais aimé acheter un savon qui aurait cette forme simple avec un trou qui le traverse ! »

Puis, améliorez-le sous la douche en lissant les creux et les bosses.
Appelez-le : « Pépin géant. »


La vraie vie.


En 1870, l’Alsace fut allemande puis française, puis allemande, puis française, alors Arp s’est appelé Hans ou Jean. Hans, c’est Jean en allemand. Jean, c’est Hans en français.

Jean Arp fut Dadaïste en 1916, il se foutait de tout avec talent. Il avait 20 ans. Ce n’était pas encore le sage sculpteur de nuages. Celui du début était un sacré farfelu qui détestait la guerre. Il avait une imagination débordante difficile à suivre à l’époque: pour faire un collage, il préférait se servir des papiers découpés qui tombaient à terre plutôt que ceux qu’ils découpaient exprès.

Notre sculpteur de nuages à nous, vit en 1936, il a 40 ans.
Il sculptera jusqu’en 1966.

Des galets, des poires et des cumulo-nimbus.




Il crée des nuages comme un arbre produit des beaux fruits aux belles formes qu’on ne trouve pas dans la nature.
Jean Arp rivalise avec le vent, l’eau, le gel et le soleil qui usent et transforment lentement les pierres et les autres éléments de la nature.

Il prétend qu’il est plus abstrait de tailler un buste dans du marbre que de tailler une pierre calcaire en forme de pierre usée par l’érosion. Il dit qu’en sculpture, on ne devrait faire que des belles formes, pas des têtes. Il pense que c’est un peu idiot de vouloir faire des cadavres de pierre ou de bronze sur les places publiques pour se souvenir de nos héros.
Les autres sculpteurs en ont tant fait sur les monuments aux morts qu’il peut se permettre de dire cela et de changer la donne. On est après 1920 !
Tailler une pierre comme un torrent use la pierre c’est très concret pour lui. Alors que de tailler un soldat dans de la pierre est très abstrait.
« Une sculpture qui n’a pas eu d’objet ou personnage pour modèle est aussi concrète et sensuelle qu’un fruit ou une pierre ».
J’insiste. La plupart du temps, on dit ; « ça ressemble à quelque chose, c’est concret ». « Ça ne ressemble à rien, c’est abstrait ». Jean Arp dit le contraire. Capito ?

Ce qui est certain c’est qu’il est le premier à tailler des cailloux qui restent à l’état de cailloux. En regardant une de ces sculptures, on se demande ; « c’est qui, qui l’a fait comme ça ? c’est quand même pas sur la plage que t’as trouvé ça comme ça ? »
" Mes reliefs et mes sculptures s’intègrent naturellement à la nature. "
Arp a créé des œuvres que l’on pourrait perdre dans la forêt et les confondre avec les pierres et les galets. L’homme a perdu la première place dans la nature. Il est deuxième, ça va encore.

Génétique et figures programmées.

Un jour, il n’y aura plus besoin de torrent pour sculpter les fruits et les légumes des chaudrons de sorcières. Il n’y aura plus besoin de Jeans Arps puisque les généticiens décideront de la forme des légumes qui pousseront : imaginez une courgette hélicoïdale qui ne reposerait sur le sol que sur quelques points afin qu’elle ne pourrisse pas trop vite par temps de pluie.
Mais ça irait, si, même après cet exploit, les enfants, les enseignants et les retraités continuaient à sculpter pour leur plaisir, le savon, l’argile, la stéatite, le plâtre, le calcaire, le marbre.

Coup de théâtre.

Jean Arp sculptait très peu la pierre.
Il travaillait le plâtre qu’il façonnait, lissait, polissait. Les sculpteurs de cette époque aimaient bien ce matériau plus ou moins mou qu’ils pouvaient reprendre sans arrêt, jusqu’à la perfection. Le plâtre permet de chercher l’excellence. Lorsque l’on taille de la pierre, on ne peut pas avoir de remords : quand ça casse, ça casse. Avec le plâtre, on en rajoute un bout et ça ne se voit pas.
Puis, Juan Arp décidait de faire tailler le beau nuage de plâtre dans du marbre et de le faire fondre en bronze en quelques exemplaires.
Ça n’enlève rien aux qualités de berger d’Hans Arp, l’important est de trouver la plus belle forme.

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Gilbert Villemin 28/03/06 22:26

4 commentaires:

etienne a dit…

quelle famille! Y a t - il une place pour la neurobiologie robotique sur votre blog?

herival a dit…

gilbert consulte son blog pour l'arroser

Virginie a dit…

Voici des sculptures à découvrir les yeux bandés avant d'être regardées...

lorraine88 a dit…

Très peu d'occasions pour aller sur Internet maintenant mais quel plaisir d'observer ces rondeurs!

La dictature des modes qui font de la maigreur une quasi-norme et des rondeurs quelque chose à cacher, faute de pouvoir l'effacer. Là rondeur est synonyme de douceur, de beauté, de sensualité...

Idem pour le bronzage à l'heure actuelle, c'est "tendance". Or, le blanc ne peut-il pas être synonyme de pureté, est ne permet-il pas de mettre en valeur le reste?

Influences des temps et des modes à méditer.